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Interculturalité - La corruption
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La chose la plus difficile à voir est la paire de lunettes qu’on porte devant les yeux. (Martin Heidegger)

La corruption

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Pour commencer
La corruption sous l'allégeance fonctionnelle
La corruption sous l’allégeance relationnelle
La corruption face à la loi et aux habitudes
La corruption face à l’égalité et à la hiérarchie sociale
Autres formes de corruption
Pour conclure

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Pour commencer

Avril 2015. Lors d’un rendez-vous avec son expert comptable à Libreville, François partage avec lui ses difficultés à faire tourner sa petite SARL de services informatiques, et en particulier à obtenir de nouveaux clients. Cet expert particulièrement expérimenté du monde gabonais des affaires prend alors le temps de lui expliquer ce qui coince dans une discussion dont voici l’essentiel :
L’expert comptable : « Il faut que vous arriviez à saisir ce que les gens essayent de vous faire comprendre lorsque vous proposez vos services à une entreprise. Votre interlocuteur n’est pas seulement, voire pas du tout, intéressé par vos services, mais il voit quand même un intérêt à travailler avec vous ».
François : « Mais lequel si mes services ne l’intéressent pas ? »
L’expert comptable : « Son intérêt personnel… »
François : « C’est à dire ? »
L’expert comptable : « C’est à dire la part de votre facture que vous lui reverserez s’il vous facilite la signature d’un contrat avec son entreprise ».
François : « C’est pas ça qu’on appelle corruption ? »
L’expert comptable (avec un grand sourire) : « corruption, c’est un mot qui vient de chez vous les français, nous on ne connait pas ce mot là. On s’arrange entre nous et c’est comme ça qu’on arrive à faire du business, c’est tout. Si vous n’acceptez pas ça, vous n’arriverez jamais à travailler ici ».

La corruption existe partout, mais le fait est qu’elle ne prend pas dans tous les pays la même proportion (au moins pour ce qui est visible) et surtout, elle n’est pas tolérée partout de la même manière.


Publié le 01/09/2016

La corruption sous l'allégeance fonctionnelle

Peut-être avez-vous entendu parler de l’affaire Cahuzac : ce ministre français du budget a reconnu en avril 2013 avoir dissimulé de l’argent sur un compte en Suisse depuis 1992. Lorsque cette fraude a été connue, cet homme politique à la longue carrière (débutée en 1977) a été rapidement exclu du gouvernement, s’est fait écharpé par les médias et a été désavoué par toute la classe politique française, y compris les membres de son propre camp. Etre reconnu coupable de corruption, dans un pays comme la France, ça ne passe pas. Même ceux qui ont fait la preuve d’une efficacité  exceptionnelle dans leur travail ne peuvent recevoir en échange la moindre indulgence, comme ce fut le cas en 2011 pour le superflic Michel Neyret de la police judiciaire de Lyon, écroué et radié de la police pour corruption et traffic d’influence malgré ses excellents états de service.

De fait, un acte de corruption est clairement opposé à l’allégeance fonctionnelle, sous laquelle la fonction fait l’homme. Quand un individu pose un acte de corruption, il réalise l’inverse de ce qu’elle lui impose : assumer les responsabilités liées à la fonction qu’il occupe et qui lui donne sa place au sein de la société. Pour cette raison, poser un acte de corruption est inadmissible, ce qui conduit la plupart des gens à y renoncer naturellement (culturellement, en fait). Lorsque quelqu’un se laisse tenter par la corruption, il sait que les risques qu’il encourt sont grands, car au-delà des questions juridiques, c’est à la menace d’un désaveux général qu’il s’expose.


Publié le 01/09/2016

La corruption sous l’allégeance relationnelle

Au contraire, l’allégeance relationnelle ne comporte pas cet obstacle culturel à la corruption, mais impose d’autres exigences sociales qui lui ouvrent la porte. Un salarié ou un fonctionnaire ne peut évidemment pas dissimuler le fait qu’il dispose d’un revenu, ce qui le place de fait dans la position du riche par rapport à ses proches qui n’ont pas cette chance. L’allégeance relationnelle lui impose de subvenir à leurs besoins et bien souvent, son salaire ne suffit pas, d’où la tentation de le compléter en ayant recours à des actes de corruption. Bien sûr, en considérant ce genre de situation avec une approche occidentale, on pourrait être tenté d’imaginer les choses ainsi : le travailleur aide ses proches autant que son salaire le lui permet et y renonce simplement lorsque ses fonds sont épuisés. Il n’est pas difficile de dire à un ami ou un frère quelque chose comme : « J’aimerais bien t’aider mais là, vraiment, je n’ai plus d’argent, patiente jusqu’à mon prochain salaire ».

Mais il est important de comprendre que ce genre de phrase n’est pas simple à prononcer sous le poids de l’allégeance relationnelle. D’abord, le rapport entre le montant d’un salaire et la charge d’une famille au sens africain du terme est souvent disproportionné : les proches et les amis, leurs amis… peuvent vite constituer une foule largement trop nombreuse pour un salaire même s’il est élevé. Et surtout, renoncer aux relations qui tissent cette famille très élargie est très difficilement envisageable. Si on parle d’« allégeance relationnelle », c’est bien parce que les relations sont placées au sommet de l’échelle de valeur. Poser un acte qui risque de nuire à une relation, c’est grave, et s’y résoudre est difficile pour la plupart des africains qui, par conséquent, sont nombreux à se sentir pris en étau entre des exigences socio-culturelles auxquelles ils ne peuvent pas échapper et des revenus très insuffisants pour y faire face. Si vous ajoutez à cela une perception irrationnelle des choses qui conduit à attacher peu d’importance à la réalité numérique d’un salaire, vous comprendrez qu’il est souvent très difficile pour de nombreuses personnes de résister à la tentation quotidienne de la corruption.

Cette réalité culturelle n’atténue pas la gravité de la corruption mais rend ce genre d’acte plus acceptable aux yeux des populations qui portent en elles les considérations que je viens d’évoquer. Ainsi, chacun adhère à l’idée qu’il puisse avoir recours à la corruption et se montre par conséquent plus indulgent envers celle dont il peut être témoin. Cela n’empêche pas les gens de se plaindre, par exemple, du comportement des policiers et des politiciens, mais pas jusqu’au point de se révolter contre leurs comportements illégaux.

Par ailleurs et de façon générale, une perception irrationnelle des choses cultive également la corruption, par exemple en favorisant une gestion approximative des ressources matérielles qui permet d’en détourner discrètement une partie. Un peu dans le même ordre d’idée, la petite corruption quotidienne s’appuie largement sur la perception irrationnelle de l’argent. Quand on considère qu’une petite quantité ne représente par grand chose, on adhère facilement à l’idée que 500, 1000 ou même 2000 F CFA n’est pas une somme significative, ce qui ouvre la porte au fait de s’autoriser de temps en temps un acte de corruption sur ce genre de somme.


Publié le 01/09/2016

La corruption face à la loi et aux habitudes

En Occident, la loi fait force de loi et la loi interdit la corruption. Cette variable culturelle renforce le désaveux général que les gens opposent à la corruption.

En Afrique, la loi interdit également la corruption, mais ce sont les habitudes qui font force de loi. Là aussi, cette variable culturelle renforce la tolérance générale que les gens accordent à la corruption. A partir du moment où elle devient une habitude (ce qui arrive vite puisqu’elle est favorisée par d’autres variables culturelles), elle fait partie de la vie ordinaire et plus personne ne voit de raison de s’y opposer significativement.


Publié le 01/09/2016

La corruption face à l’égalité et à la hiérarchie sociale

En Occident, le principe d’égalité entre les individus fait son chemin. En s’appuyant sur l’individualisme, qui offre une assise nécessaire pour reconnaitre en chaque personne un individu comme les autres, le désir d’égalité croit dans le cœurs des gens et des peuples même si cet idéal est encore loin de se réaliser dans tous les aspects de la vie en société. Cette variable culturelle vient à son tour apporter sa part de condamnation de la corruption. Cette dernière, en effet, cultive les privilèges et se trouve de fait incompatible avec le principe d’égalité.

En Afrique, sous l’effet de l’allégeance relationnelle et plus encore sous celui de l’allégeance générationnelle, les sociétés sont très hiérarchisées, et l’égalité inspire peu les populations. Là encore, cette variable culturelle favorise la corruption en ne lui opposant pas l’obstacle d’un désir d’égalité qui lui serait contradictoire.


Publié le 01/09/2016

Autres formes de corruption

Enfin, il est important de rappeler que la corruption ne se produit pas nécessairement sous la forme d’argent donnée de façon illégitime. Elle peut aussi prendre la forme de toutes sortes de privilèges accordés pour des raisons autres que celles normalement attendues. Le tribalisme et ses variantes en sont un exemple classique. Il consiste, pour un responsable d’une administration ou d’une entreprise, à donner des postes à ses proches plutôt que de choisir ses collaborateurs en s’assurant que leurs expertise correspond aux tâches à accomplir et aux responsabilités à assumer. On voit très clairement apparaitre ici la différence entre les allégeances relationnelles et fonctionnelles qui s’opposent complètement sur ce point.

L’article suivant publié en octobre 2015 sur le site d’informations gabonreview.com illustre bien ce phénomène du tribalisme dans les ministères du gouvernement gabonais.


Publié le 01/09/2016

Pour conclure

Comme je l’évoque dans l’introduction de cette publication, aucune culture n’est infaillible. La corruption est une illustration classique de cette réalité. L’allégeance relationnelle permet aux gens de donner aux relations une importance significative à un aspect essentiel de la vie humaine qui se délite à vue d’oeil et de façon très dommageable dans les cultures occidentales où l’individualisme a souvent tendance à tenir les gens à l’écart les uns des autres. A première vue, cet aspect culturel récurrent en Afrique (mais pas seulement) est donc très positif. Mais c’est aussi en lui entre autres que s’enracine la corruption. C’est ce qu’on appelle une faille culturelle.


Publié le 01/09/2016

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Introduction
Chapitres principaux :
Chapitres secondaires :
La responsabilité culturelle du riche
La responsabilité culturelle du riche
La corruption est-elle la même partout ?
La corruption est-elle la même partout ?